archéologues grecs vont recommencer à fouiller pour tenter de reconstituer le
puzzle. Selon eux, le palais d’Ulysse ne serait pas loin. A Ithaque, on
commence à y croire.
Par Jean Cormier
En attendant la découverte majeure qui changerait tout et les ferait
entrer dans l’histoire.
Le palais d’Ulysse est ici un sujet sensible. Alors même que personne ne
peut affirmer que Homère, l’auteur de l’histoire (« l’Iliade » et « l’Odyssée ») ait vraiment
existé, ni évidemment son héros Ulysse, cher aux écoliers et aux grands voyageurs.
Litsa et Thanatis croient à Ulysse.
Et à son palais. Leur intuition est forte. A Ithaque, les deux
archéologues grecs, la soixantaine, veulent toutefois rester prudents. Le palais d’Ulysse – Odysseus en grec
– est-il vraiment là où ils le croient, là où les fouilles reprennent dans quelques jours
dans cette île d’Ithaque, au large de la grande île de Céphalonie ? Les indices s’additionnent et
chacun attend de pouvoir affirmer : le palais d’Ulysse est là!
Pour accéder au chantier de fouilles, un escalier de roches qui lie deux niveaux de bâtisses préhistoriques et
hellénistiques, puis une tour qui abrite une chapelle du siècle passé dédiée à saint Athanasios. Ici,
l’ancien maire d’Ithaque,
Spiros Arsenis, est précieux pour arpenter le site montagneux d’Aï
Athanasios – « l’école d’Homère» – en se berçant de l’illusion de faire un bond de plus de 3 000 ans en
arrière. Dans ces lieux, on a le sentiment d’être là où Ulysse a repris son trône quand il est
rentré de son voyage de dix années. Juste après avoir eu l’idée du fameux cheval de Troie qui a
permis aux Grecs de prendre la cité d’Asie Mineure en 1184 avant J.-C.
«C’est probablement ici, sur le sol, au pied de la roche dans lequel se situait le palais qu’un concours
de tir à l’arc a été proposé, intervient Spiros. Son vainqueur mériterait Pénélope. Ulysse
méconnaissable, qui venait de débarquer, changé par la déesse Athéna en mendiant, prit part au
concours. Il fut le seul à pouvoir bander l’arc – et pour cause, c’était le sien ! -, sa première
flèche traversa en enfilade les trous faits dans le manche de douze haches ! Après quoi, il
retrouve Pénélope… Tout ça est écrit dans Homère!»
Homère, dont on ne sait toujours pas à quel siècle il a vécu, pourrait descendre d’Ulysse dont il possède la
verve et le goût pour le voyage. Litsa Papadopoulos le considère comme un authentique
historien. Elle qui dirige les fouilles d’Ithaque avec son mari Thanasis, également de l’université
d’archéologie d’Ioannina, au nord-ouest du pays, est formelle. Les légendes de «l’Iliade» et «l’Odyssée» sont basées sur des faits réels. Et on peut lui faire confiance.
«Il nous manque encore la preuve irréfutable»
Litsa s’apprête à retrouver son jardin de fouilles en septembre. Souriante sexagénaire, débordante
de conviction, elle est intarissable sur Ithaque. «Nous travaillons sur le site depuis huit
ans, un mois sur place et onze à analyser ce que nous en sortons. D’importants monuments sont
apparus : une source similaire à celles de Tiryns et de Mycène, et une grande tombe. De cette
là ont été sorties des pièces explicites.»
«Principalement, un morceau de terre cuite où l’on distingue un homme assis, attaché au mât d’un bateau dont le couvre-chef particulier
rappelle étrangement celui d’Ulysse, avec des monstres de la mythologie autour de lui qui
concernent son aventure.» Un vrai signe. «Avec une lettre en forme de trident d’époque minoenne et
mycénienne (environ 1600-1000 av. J.-C.), qui nous intéresse. » Une des premières clés ! Explication:
ce trident est une lettre d’un alphabet de l’époque présumée d’Ulysse et il prouve beaucoup
de choses. Mme Papadopoulos insiste: «Les détails qui plaident pour la thèse que nous
cherchons à confirmer sont nombreux. Tellement qu’ils ont de quoi rendre fou… »
Bien sûr, le chercheur en jupons ne cache pas que la passion qu’elle partage avec son époux leur coûte cher: «Nous sommes obligés d’y aller de notre poche, car les fonds dont nous disposons sont trop
faibles. Les mécènes sont les bien venus… Ce serait formidable pour la Grèce d’annoncer que le
palais d’Ulysse est sur les hauteurs d’Ithaque… Même si nous approchons, il nous manque encore
la preuve complémentaire pour être irréfutable. Aujourd’hui, ce que nous souhaitons pour finir
les fouilles, c’est collaborer avec des Français, des Hollandais et des Italiens.
Et, oui, nous y croyons!»
ΠΗΓΗ: J. Cormier «Palais d’Ulysse: on approche!», le Parisien, 27.8.2004. ΑΡΧΕΙΟΝ
ΠΟΛΙΤΙΣΜΟΥ, 28.4.2004.

